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Mercredi 19 Avril 2017
12h00-16h00 – Salle A028 (Bâtiment A, rez de chaussée)
Université Paris 8 Saint-Denis
2, rue de la Liberté 93526 Saint-Denis – M° Saint-Denis Université

Avec le terme “décolonisation” on s’interroge sur les outils et les pratiques qui visent à déconstruire la “paix” et la “co-existence”, c’est-à-dire cette mise en scène de l’ensemble des projets politiques financés par les USA et l’Europe. Des projets qui n’ont établi qu’ un faux dialogue entre deux peuples séparés par la guerre menée par l’occupant israélien,
dont les citoyens Palestiniens, opprimés et discriminés, sont les premiers exclus. En effet, il n’existe pas de “solution juste”, ni de “paix” sans que les propositions politiques qualifiées comme une “utopie” se réalisent, comme d’autres exemples dans l’histoire contemporaine le démontrent contre toute realpolitik imposée par le haut et les pouvoirs économiques qui y sont associés. Une solution avec une vision claire et structurée des relations entre habitants originaires – qu’ils soient actuellement sur leurs terres, réfugiés ou exilés ou disséminés dans une région de conflit –
et occupants coloniaux de la Palestine. Un seul pays où le mot “partition” qui actuellement signifie cage, apartheid et prison, n’aura plus aucune raison d’exister. Ces propositions visent à l’établissement d’un Etat démocratique – avec ses propres caractéristiques juridiques, administratives et institutionnelles – où la nature du changement soit légitimement partagée et le chemin pour le réaliser soit commun.
Pour parvenir à cette dé-construction du discours colonial, la critique et le démantèlement d’une identité ethnique et religieuse exclusive incarné par l’Etat juif est incontournable.
Dans ce contexte, il faut souligner Qu’un changement d’idées et de langage est déjà en oeuvre et que les langues – le passage entre les langues – jouent un rôle essentiel dans cette transformation puisque il s’agit de (se) reconnaître et non pas seulement de se connaître.
Ce “nous” n’est pas facile à dire et encore plus difficile à écrire ou décrire avec n’importe quel moyen. Il est
donc nécessaire d’ opérer une révision des terminologies dans tous les domaines. Dans les textes, dans l’éducation avant tout, dans les académies et dans la production culturelle et artistique. Un chantier qui produit déjà des nouvelles expressions pour (se) parler sans oublier ou s ‘effacer vis-à-vis de l’ “autre” qui nous fait toujours face mais avec qui on avance coté à coté, parfois ensemble.
Habiter un lieu signifie aussi habiter une langue.
Or, nous avons choisi de mettre en lumière, même si très partiellement, le travail de Nurith Aviv, cinéaste, pour tracer une ligne de repère là où le dépaysement nous concerne tous, bien au delà du conflit tout en étant source d’interrogations politiques mais aussi intimes et personnelles. Il s’agit d’une narration collective, un terrain où la micro-histoire se rapproche du regard anthropologique sans la prétention d’une observation ‘objective’ ou ‘neutre’ qui serait illusoire.
Avec Rony Ferat, passeuse de langue, nous présentons ici des extraits de la trilogie – que nous invitons à voir dans son intégralité – comme un parmi ces outils qui nous aident à changer “l’état présent des choses”.

Discussion avec :
Rony Ferat
Traductrice et exploratrice des langues, scénariste
Marina Nebbiolo
Anthropologue audiovisuelle (MedFil)
http://medfil.org

Extrait des films :

  • D’une langue à l’autre – 2004
    Parole d’écrivains et d’artistes dans un pays d’immigration – bilinguisme et double appartenance culturelle
  • Langue sacrée, langue parlée – 2008
    Idiome vernaculaire moderne à partir d’une langue réservée à l’étude des textes sacrés depuis longtemps
  • Traduire – 2011
    Les traducteurs de l’hébreu tentent le passage à d’autres horizons de cette langue historiquement, théologiquement et politiquement très chargée.
    Les récits d’écrivains, poètes, artistes ainsi que des traducteurs, passeurs de langue, expriment la violence du déplacement intime et du passage de la langue maternelle à la langue israélienne, à l’hébreu ou “aux hébreux”, une langue sacrée d’écriture et de prière devenue langue parlé, du quotidien: “Leurs histoires racontent la relation, parfois conflictuelle, entre deux langues-identités mais aussi la relation entre la langue des images et celle des mots.
    Le sacré et le profane, le religieux et le laïque, l’ancestral et le moderne, l’écrit et le parlé, la poésie et
    la politique s’entrelacent et coexistent dans toutes leurs contradictions. L’identité mouvante d’une double culture passe avant tout par la langue et souvent par la douleur. Quelle langue on a appris à parler ? La langue du rêve ou celle de l’écriture ? Tous ceux qui ont quitté le pays dans lequel ont grandi se posent, à un moment ou l’autre de leur vie, ces questions.”

http://nurithaviv.free.fr

La colonisation sioniste miroir du conflit de classe européen
La guerre extérieure et la guerre intérieure

La guerre devient, dans cette phase historique, une catégorie d’analyse pour comprendre à la fois les relations sociales qui évoluent à l’intérieur du domaine de la citoyenneté et les stratégies néocoloniales/néoimpériales du capital à l’extérieur des confins européens.
Le dispositif de la guerre à l’extérieur de la société, notamment dans la région du Proche-Orient et du Moyen-Orient, sert à définir la citoyenneté européenne comme l’antithèse des citoyens des Pays touchés par la guerre. Tout justifie finalement
la légitimation de la guerre elle-même en tant que aptitude à la défense soit militaire, soit symbolique-culturelle. La guerre active et ouverte est la réitération de la contradiction du capital qui doit toujours trouver un terrain de accumulation, surtout dans l’actualité de la crise.

Intervenant :
Fabio Mengali
Doctorant en Philosophie politique (Université de Trento – It)

Courte filmographie d’appoint :

  • Description d’un combat
    Chris Marker – 1961
  • Une maison à Jerusalem
    Amos Gitaï – 1982
  • AqabaJaber, vie de passage
    Eyal Sivan – 1982
  • Kafr Qar’a, Israel
    Nurith Aviv – 1988
  • Forget Baghdad
    Samir – 2002

Organisation :
Marina Nebbiolo
Rony Ferat
Fabio Mengali
Gennaro Boccolino